Un Botero danse au Beau-Rivage

Beaux-Arts
Depuis jeudi matin, l’œuvre monumentale des «Danseurs» trône dans le lobby du Beau-Rivage. Récit.

Un transport délicat

Mais avant de pouvoir contempler ce bronze imposant de l’artiste colombien dans le hall à colonnades, il a fallu convoyer cette charge de plus d’une tonne selon une technique rodée. Une tâche menée à bien par l’entreprise Friderici Spécial qui a dû contourner le bâtiment pour amener la caisse sur la terrasse sud de l’hôtel – trajet délicat avec ce colis volumineux tanguant parfois sur ses roulettes et descellant quelques pavés au passage.

«Même si nous transportons souvent des sculptures plus légères, de 200-300 kilos, la plus grosse incertitude résidait dans ce que nous allions découvrir dans la boîte, détaille Claude Chatelan, responsable de l’équipe. Nous ne savions pas comment elle était disposée et s’il serait facile de passer les sangles qui permettent de la sortir.»

L’opération était finalement réalisée avec une petite grue à treuil qui hissait la sculpture, enfin dévoilée aux yeux des résidents du Palace intrigués, en haut des marches de la terrasse dûment liée par des attaches supportant une charge de 4000 kilos. Ne restait plus qu’à la faire rouler sur des plaques de caoutchouc – en veillant à ne pas ramasser un lustre dans la manœuvre – jusqu’à l’accueil, sans hésiter à la guider d’une main ferme sur les fesses charnues de la femme, avec une dernière hésitation quant à sa disposition finale.

Le sexe de l’homme, plutôt géométrique mais bien visible, devait-il s’apercevoir dès l’entrée? La question, potentiellement sensible pour une clientèle orientale, avait été débattue en amont. Le doute ne dure pas et la sculpture est placée de façon à présenter son profil sans crainte de l’opprobre. «Il s’agit d’art, nous assumons», revendique la directrice.

Un marchand à convaincre

La difficulté principale ne résidait pas dans cette entreprise de manutention mais dans celle qui consistait à extirper ce Botero exceptionnel du port franc de Zurich afin de le soumettre à la vue de tous. Un projet initié il y a près de trois ans par un médecin lausannois préférant garder l’anonymat.

Ses relations privilégiées avec la Colombie, doublées d’une passion de longue date pour un artiste extrêmement populaire qu’adorait son père, lui ont permis de lever tous les obstacles – et ils furent nombreux! – avant de convaincre le marchand d’art Felipe Grimberg, connu pour avoir vendu quelque 400 œuvres de Botero, de lui confier Les Danseurs.

Il a pris à sa charge tous les frais liés au transport et à la sortie de l’œuvre du port franc, soit 8% de l’estimation de sa valeur. La sculpture est évaluée à 2 millions de francs. Avis aux acheteurs car il est possible de l’acquérir pendant son séjour lausannois. Sinon, elle devrait retrouver bientôt l’ombre de son entrepôt zurichois. (24 heures)

Créé: 24.08.2017, 21h12